Parler du droit à mourir dans la dignité, c’est aborder l’un des sujets les plus sensibles et les plus profonds de notre humanité. C’est parler de liberté. C’est parler de souffrance. Mais surtout, c’est parler de dignité.
Pour accompagner chacune et chacun dans sa fin de vie, il est d’abord indispensable de renforcer les soins palliatifs. Les besoins sont croissants, mais l’offre reste insuffisante et inégalement répartie : près d’une vingtaine de départements ne disposent d’aucun service de soins palliatifs. Cette première proposition de loi permettra notamment la création de maisons d’accompagnement et de soins palliatifs, gérées par des acteurs publics pour éviter toute marchandisation de la fin de vie. L’effectivité de cette loi dépendra fortement de la mobilisation de moyens financiers et humains suffisants dans les prochains budgets.
D’autre part, le droit à l’aide à mourir ne vise pas à remplacer les soins palliatifs, mais à répondre à des situations où la souffrance devient insupportable, malgré un accompagnement de qualité, en créant un nouveau droit. Ce sujet suscite des craintes légitimes et je les entends : la peur des abus, la pression sur les personnes vulnérables, la banalisation de la mort. C’est pourquoi le droit à mourir dans la dignité doit être strictement encadré, avec des garanties claires, médicales et juridiques.
Le texte crée un « modèle français » de l’aide à mourir, strictement encadré par cinq critères cumulatifs : être majeur ; de nationalité française ou résider de façon stable et régulière en France ; être atteint d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale ; présenter une souffrance physique ou psychologique réfractaire aux traitements ou insupportable ; être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée.
Je le réaffirme donc avec force, le droit à mourir dans la dignité ne signifie pas choisir la mort par désespoir. Il signifie permettre à une personne en souffrance extrême, après une réflexion approfondie, de mettre fin à ses douleurs. Ce n’est pas imposer une vision unique de la fin de vie, mais respecter un choix personnel, encadré et réfléchi.
La dignité humaine ne disparaît pas avec la maladie. Mais parfois, la souffrance extrême, la perte d’autonomie ou la dépendance absolue peuvent être vécues comme une atteinte profonde à cette dignité. Devons-nous obliger quelqu’un à endurer cela au nom d’un principe abstrait ?
Notre responsabilité, en tant que législateurs, est de protéger les plus fragiles tout en répondant à la souffrance de celles et ceux qui n’ont plus d’autre espoir qu’une fin de vie digne. C’est un équilibre difficile, mais c’est le cœur même de notre mission : concilier l’accompagnement jusqu’au bout et le respect de la liberté individuelle, sans jamais céder à la facilité ou à l’indifférence.
Le droit à mourir dans la dignité n’est pas un rejet de la vie. C’est une revendication de liberté, de respect et d’humanité.